Un souhait pour la Journée de la Terre 2026

L’une des photos les plus diffusées prises lors du vol autour de la Lune par l’équipage d’Artemis II montre notre planète d’un bleu éclatant disparaissant derrière la Lune morte et cratérisée, dans ce que l’on pourrait appeler un « coucher de Terre ».
Cette photo n’a toutefois pas eu le même impact que la photo prise en 1968 par William Anders, membre de l’équipage d’Apollo 8, la veille de Noël alors qu’ils étaient en orbite autour de la Lune. Intitulée «Lever de Terre» «Earthrise», cette image a été qualifiée de photographie la plus influente jamais prise.
Je m’en souviens très bien. J’avais 12 ans. Le bleu des océans terrestres et le blanc des nuages étaient à couper le souffle. C’était notre chez-nous, mis en contraste avec la surface désolée de la Lune.
Elle a profondément marqué la perception que l’humanité a d’elle-même, vivant sur un petit mais magnifique globe bleu-vert suspendu dans l’obscurité de l’espace infini. Notre demeure était autonome, pleine de vie. Aucune frontière politique en vue. Il était clair que notre planète n’est pas infinie, qu’il y a des limites aux ressources qui nous font vivre et aux déchets qui peuvent être réabsorbés par le monde vivant et respirant.
Cette image a bouleversé nos visions du monde et a donné naissance à un mouvement de réorganisation de la société pour refléter cette nouvelle vision. Ce mouvement a vu le jour lors de la première Journée de la Terre, en 1970 et m’a profondément marqué.
Plus d’un demi-siècle après ce premier Jour de la Terre, l’espoir que nous puissions avant qu’il soit trop tard, changer de cap et vivre dans les limites de ce que la Terre peut supporter, a été anéanti. Le réseau de la vie qui nous soutient s’effiloche. La stabilité du climat qui rendait l’environnement propice à la vie sous toutes ses formes a été bouleversée par les déchets générés par la combustion de combustibles fossiles à une échelle que ni l’atmosphère ni l’océan ne peuvent absorber.
Quelles manifestations sont prévues cette semaine pour marquer la Journée de la Terre ? Des rassemblements de masse devant nos assemblées législatives et nos parlements pour exiger que les premiers ministres provinciaux et fédéraux agissent ? Malheureusement, non.
On nous a bernés. On nous a menti. Nous avons été trahis par ceux que nous avons mis au pouvoir pour servir notre intérêt commun. Au lieu de cela, ils veillent à ce que les milliardaires, qui se sont enrichis en pillant notre planète, s’enrichissent encore davantage. Et c’est nous qui en payons le prix et qui avons perdu confiance dans le fait que ceux qui détiennent le pouvoir agiront différemment.
Le changement viendra, mais il est navrant de constater qu’il sera le fruit d’une catastrophe, et non d’une volonté délibérée.
Ce sont là des vérités difficiles à accepter. Les données scientifiques sont sans équivoque. Nous avons franchi les limites de la planète définies par les systèmes et processus biophysiques qui régissent les systèmes de survie sur Terre. Si l’équipage d’Artemis II s’était comporté de la sorte dans sa capsule Orion, il ne serait jamais rentré chez lui.
Dans ces conditions il ne faut pas se surprendre du fait que des partis politiques écologistes aient vu le jour et occupent des sièges dans les parlements et les assemblées législatives du monde entier. Mais le système qui enrichit une minorité au détriment de la majorité est puissant. Et il ne suffit pas pour le renverser d’une fronde bien visée, comme celle de David avec Goliath.
Les Verts doivent former des gouvernements. Et cela pourrait bien se produire au Royaume-Uni, où les Verts, menés par Zach Polanski, sont au coude à coude avec le Parti de la réforme (de droite), tandis que les partis traditionnels sont à la traîne.
Bien sûr, les gouvernements verts ne suffiront pas à eux seuls à nous mener vers des eaux plus calmes. Un changement culturel est nécessaire pour reconnaître que nous ne vivons pas en dehors de l’environnement, mais que c’est lui qui nous donne la vie et qui assure notre subsistance. Et il ne continuera à nous fournir cela que si nous en prenons soin.
C’est là l’acte ultime de réciprocité qui imprègne les visions autochtones du monde. Dans le contexte canadien, la volonté de réconciliation avec les peuples autochtones permettra peut-être de concilier nos visions du monde avec les leurs et le changement culturel dont nous avons un besoin urgent s’ensuivra de sorte que nous finissions tous par ramer dans la même direction. Tel est mon souhait en cette Journée de la Terre.
- David Coon est le chef du Parti vert du Nouveau-Brunswick et le député de Fredericton-Lincoln