Le changement n'est pas facile

Depuis un an, j’ai eu du mal à écrire mon blog habituel. Ce n’est pas que je n’ai pas essayé. J’ai fait plein de faux départs, mais ma muse avait pris la poudre d’escampette.
Le lendemain du jour où mon projet de loi visant à inscrire le droit à un environnement sain dans la loi a été massivement rejeté – tous les députés libéraux et conservateurs ayant voté contre –, la muse est revenue.
Les libéraux ont dit que le projet de loi allait engorger les tribunaux de poursuites futiles. Apparemment, tout le monde et n’importe qui allait exiger des enquêtes et des examens sur les activités les plus anodines, submergeant ainsi une bureaucratie déjà surchargée. Les conservateurs ont brandi le spectre de citoyens freinant le développement économique.
De toute évidence, les libéraux et les conservateurs ont du mal à faire confiance à leurs électrices et électeurs pour qu’ils aient ne serait-ce qu’un tout petit peu de pouvoir pour protéger leur santé, celle de leurs familles et celle des écosystèmes qui les entourent.
Mon projet de loi offrait aux citoyen·ne·s les outils pour faire valoir leur droit à un environnement sain, tout comme il existe des outils pour que les Canadien·ne·s puissent faire valoir leurs droits à la vie, à la liberté et à la sécurité de la personne. Il visait à desserrer l’emprise de fer du gouvernement sur les niveaux de pollution autorisés, les polluants réglementés et l’ampleur de la dégradation écologique tolérée. Ça aurait rendu plus difficile pour le parti au pouvoir de truquer le jeu en faveur des grandes entreprises.
Un droit à un environnement sain protégé par la loi donnerait un minimum de pouvoir aux gens qui, sans ça, sont impuissants à protéger la santé de leur famille ou celle des écosystèmes. Son rejet signifie qu’en matière de santé environnementale, notre sort restera entièrement entre les mains du gouvernement en place.
L’expérience a montré à maintes reprises que les gouvernements sont prêts à sacrifier la santé publique et le bon fonctionnement de la nature pour des gains économiques et politiques. Il suffit de voir les « produits chimiques éternels » récemment découverts dans l’approvisionnement en eau de la ville de Charlo. Jusqu’à présent, les gouvernements ont détourné le regard au lieu d’exiger que l’eau potable soit régulièrement contrôlée pour détecter ces produits chimiques dangereux. Pas de droits, pas de protection.
Mon projet de loi visant à garantir à chacun le droit à un environnement sain aurait donné aux gens du Nouveau-Brunswick, qui sont autrement impuissants, les moyens de se protéger eux-mêmes et de protéger la nature qui les entoure. C’est ce qui inquiétait les libéraux et les conservateurs. Ils n’auraient plus eu le pouvoir exclusif de déterminer le niveau de risque sanitaire et écologique à imposer à la population.
J’ai déposé la première version de ce projet de loi à l’Assemblée législative le 7 décembre 2023, mais les libéraux et les conservateurs se sont ligués pour utiliser des manœuvres procédurales à l’Assemblée afin de s’assurer qu’il n’atteigne pas la deuxième lecture.
Je l’ai présenté à nouveau le 25 mars 2025 et, cette fois-ci, il a été débattu en deuxième lecture en mai de la même année. Ma collègue Megan Mitton et moi avons convaincu à la fois le gouvernement et l’opposition officielle d’envoyer le projet de loi au Comité des modifications législatives, où les projets de loi de l’opposition sont généralement envoyés pour y être enterrés. C’est ce qui s’est passé, mais nous avons reçu des conseils et des commentaires inestimables de la part des témoins lors des audiences du comité, ce qui nous a permis d’améliorer considérablement le projet de loi.
Le 12 décembre 2025, j’ai présenté une version considérablement révisée et améliorée du projet de loi. C’est cette version qui a été rejetée en deuxième lecture le 26 mars dernier, ce printemps.
Je me suis lancé en politique pour faire du Nouveau-Brunswick un endroit meilleur pour nos enfants et nos jeunes, ainsi que pour tous les Néo-Brunswickois et Néo-Brunswickoises. Même si je suis déçu par l’opposition écrasante des libéraux et des conservateurs à l’idée de créer un droit à un environnement sain, je ne me laisse pas décourager.
Il y avait 115 personnes dans le public lors du débat en deuxième lecture sur le projet de loi. Des jeunes et des personnes âgées se sont rassemblés devant l’Assemblée législative. Le soutien à l’octroi de droits environnementaux aux citoyennes et citoyens est très large. Le changement viendra. Mais ça ne se fait pas tout seul.
- David Coon est le chef du Parti vert du Nouveau-Brunswick et le député de Fredericton-Lincoln