Progrès effréné

Cela fait un certain temps que je n'ai pas écrit de blog. Avec tout ce qui se passe ici au Canada, aux États-Unis et à l'étranger, il est difficile de concentrer ses pensées. Ce n'est pas le cas des autocrates en puissance et des profiteurs insatiables. Ils se concentrent comme un rayon laser sur leurs objectifs égoïstes, au mépris de l'État de droit, qu'il soit international ou autre.
Il y a plus de trente ans, Leonard Cohen écrivait sa chanson The Future. Il écrivait dans un couplet : (traduction)
« Les choses vont partir dans toutes les directions
Il n’y aura plus rien
Plus rien que vous pourrez mesurer
Le blizzard du monde
a franchi le seuil et il a renversé l’ordre de l’âme»
C'est un peu ce que l'on ressent ces jours-ci. Comme l'a écrit Shannon Proudfoot, chroniqueuse au Globe and Mail, la semaine dernière, « c'est une sacrée chose de savoir que l'on vit à l'intérieur d'un futur manuel d'histoire ». On ne sait toutefois pas quelle histoire ce manuel racontera.
Chez nous, le banquier devenu Premier ministre tente de refaire l'histoire en « construisant des mines, des moulins et des usines pour le bien de tous », comme le chantait Gordon Lightfoot dans son classique Canadian Railroad Trilogy, en nous rappelant que « nous devons nous mettre en route parce que nous avançons trop lentement ».
Le Premier ministre a donc convaincu les conservateurs de lui accorder, ainsi qu'à son cabinet, des pouvoirs étendus pour suspendre les lois susceptibles d'entraver ce qu'il appelle les projets de « construction de la nation ». Mais il ne songe pas à construire « un chemin de fer d’un océan à l’autre » pour que les Canadiens puissent voyager facilement et à un prix abordable, sans brûler tout un tas de pétrole nuisible au climat. Non, sa chanson ressemble plus à celle de Corb Lund au sujet des travailleurs pétroliers et a provoqué un rare sourire sur le visage de la Première ministre de l'Alberta, Danielle Smith.
Il est choquant de voir les libéraux et les conservateurs s'allier pour donner au Premier ministre le pouvoir d'annuler les lois adoptées précédemment par le Parlement pour protéger l'air, l'eau, les sols, la faune et la flore, la biodiversité et le climat ; des lois dont dépendent les Canadiens et les Premières nations pour leur bien-être et celui de tous les êtres vivants. Seule la chef du Parti vert, Elizabeth May, ainsi que le NPD et le Bloc québécois, et un seul libéral se sont opposés à cette loi qui permettra une telle pratique autoritaire.
Si le cabinet fédéral déclare qu'un projet est dans l'intérêt national, il aura le pouvoir, en vertu de la Loi visant à bâtir le Canada, de le mettre en branle en passant outre aux lois environnementales gênantes, à des traités ennuyeux ou pire à la Déclaration des Nations-Unies sur les droits des peuples autochtones. Tout cela pour servir des intérêts économiques étroits et des objectifs politiques égoïstes.
Cela permettra, comme l'a écrit le théologien Thomas Berry, « un mercantilisme effréné, une volonté technologique illimitée et un opportunisme politique sans limite, réunis dans un mythe du progrès qui anime les sociétés industrielles ... des sociétés industrielles qui drainent la vie de leur hôte ».
Il peut être réconfortant de nier que l'épée de Damoclès est suspendue au-dessus de nos têtes alors que nos sociétés industrielles nous propulsent toujours plus loin vers la catastrophe climatique et l'effondrement écologique, afin que « nous puissions réaliser ces projets », comme les libéraux et les conservateurs le répètent allègrement à qui veut l'entendre.
Qui ne veut pas de la prospérité promise ?
Après tout, ces gens intelligents qui détiennent un pouvoir et des privilèges phénoménaux insistent sur le fait que c'est notre destin en tant que Canadiens. Mais à quel prix ?
Cela me rappelle une pièce de théâtre que nous avons vue à l’école secondaire lorsqu’une fille plutôt séduisante est descendue de la scène, une pomme à la main, et s'est approchée de l'endroit où j'étais assis, m'offrant le fruit défendu. Je n'ai pas mordu.
David Coon est le chef du parti vert du Nouveau-Brunswick et député de Fredericton-Lincoln.