Crise climatique, quelle crise climatique ?

Alors que Donald Trump s'emploie à bouleverser l'ordre économique mondial, les politiciens canadiens d'obédience conservatrice ont saisi l'occasion pour affirmer qu'il faut accélérer l'extraction des combustibles fossiles afin de rendre le Canada plus fort. Drill baby drill, à la canadienne.
Les grandes sociétés pétrolières profitent de l'occasion pour exiger que les lois canadiennes adoptées pour lutter contre le changement climatique soient toutes abolies. Faut-il s'étonner que la crise climatique n'ait pas trouvé sa place dans la campagne de Poilievre et qu'elle ait été à peine mentionnée dans la campagne de Carney ?
Alors que la science nous dit que nous devons inverser notre rythme de consommation de combustibles fossiles si nous voulons un avenir hospitalier pour nos enfants et leurs enfants, les dirigeants conservateurs et l'industrie pétrolière et gazière crient à l'unisson : « Pied au plancher».
Bien entendu, pour les Canadiens qui peinent à joindre les deux bouts alors que les salaires ne parviennent pas à suivre l'augmentation galopante du coût de la vie des dernières années, la crise de l’abordabilité est la priorité numéro un. Payer son loyer, régler les mensualités de sa voiture et faire ses courses est un défi de tous les instants.
Ce que les libéraux et les conservateurs n'osent pas dire, c'est que la principale cause de la crise de l’abordabilité est l'augmentation spectaculaire des prix mondiaux du pétrole en 2022. Les économistes Jim Stanford et Erin Weir le démontrent de manière convaincante dans leur rapport « Counting the Costs ». Alors que cette forte hausse du prix du pétrole a rendu la vie plus chère pour tout le monde, les compagnies pétrolières et gazières ont engrangé des profits exceptionnels. Et aujourd'hui, elles veulent que la lutte contre le dérèglement climatique soit abandonnée.
Je sais qu’il y a une manière de penser politiquement conservatrice qui voit la planète comme une corne d'abondance capable de générer des richesses inépuisables, mais c’est un mythe. En fait, cette idée prend racine dans la mythologie des Grecs et des Romains de l'Antiquité. Dans ces mondes mythiques, les cornes détachées d'une figure divine pouvaient miraculeusement fournir une réserve inépuisable de nourriture et de biens. Les œuvres d'art de la Grèce antique représentent souvent Hadès, le maître des enfers, tenant une corne d'abondance. Cela devrait nous faire réfléchir.
Les Canadiens attendent de leurs dirigeants politiques qu'ils ne se contentent pas de relever les défis à court terme, tels que l'augmentation du coût de tout le nécessaire au quotidien, mais qu'ils gardent aussi un œil sur le long terme. Quelle autre institution est capable d'agir pour le bien commun afin que l'avenir de nos enfants et petits-enfants ne soit pas compromis par l'économie d'aujourd'hui ?
Les meilleurs scientifiques de la planète ont, à maintes reprises, démontré que l'effondrement du système climatique et l'acidification de nos océans sont dus au fait que nous avons dépassé les limites de la croissance de la production et de la combustion des combustibles fossiles. Il n'y a plus de place où mettre les gaz résiduels créés par la combustion du pétrole, du gaz et du charbon.
M. Poilievre et certains de ses cousins provinciaux pensent que les actions visant à prévenir la dégradation du climat relèvent de ce que lui et M. Trump appellent le wokisme plutôt qu'une réponse éthique aux terribles impacts de la combustion de trop de pétrole, de trop de gaz et charbon. Allons-y avec la politique de la terre brûlée!
Mark Carney quant à lui, dit que nous devons réduire nos émissions de carbone et appuie la règlementation de l’industrie pour y parvenir. Il promet par contre de faire du Canada une superpuissance énergétique en augmentant la production de tout, y compris de ce qu'il appelle l'énergie conventionnelle : celle-là même qu’on brûle.
M. Carney croit que la corne d'abondance des combustibles fossiles peut continuer à être utilisée pour faire croître notre économie, tout en se faisant accroire qu'ils ne seront pas brûlés. Il n’a pas tardé à maîtriser l'illusion libérale d'avoir le beurre et l'argent du beurre.
Le changement climatique, malgré le danger clair et présent qu'il représente pour les Canadiens, était, tout comme le Parti vert, absent des débats des chefs. Il est dommage que les autres partis aient réussi à exclure les Verts des débats des chefs, les Canadiens n’ont pas eu la chance d'entendre Jonathan Pedneault parler de la stratégie des Verts.
Alors que le spectre de la forteresse étatsunienne projette son ombre sur le Canada, nous devons agir maintenant pour réduire la dépendance de notre économie sur la vente de produits à brûler. Il faut pour cela, passer à une économie verte.
David Coon est le chef du Parti vert du Nouveau-Brunswick et le député de Fredericton-Lincoln.